EN BREF
La Guinée a attiré un record de 7,763 milliards de dollars d’IDE en 2025, selon la CNUCED.
Cette hausse est principalement portée par les investissements liés au mégaprojet Simandou.
Un record d’IDE ne signifie pas que ces milliards entrent dans le budget de l’État.
Le principal enjeu reste désormais la capacité de l’économie guinéenne à transformer ces capitaux en emplois, en entreprises locales et en recettes publiques.
Selon le Rapport 2026 sur l’investissement dans le monde de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), la Guinée a attiré 7,763 milliards de dollars d’investissements directs étrangers (IDE) en 2025, contre 1,402 milliard un an plus tôt. En douze mois, les flux ont ainsi bondi de 453,8 %.
Avec ce montant, la Guinée s’est hissée au deuxième rang des pays africains bénéficiaires d’IDE, derrière l’Égypte, qui en a attiré 15,45 milliards de dollars, et devant le Mozambique (5,70 milliards) et le Nigeria (4 milliards). La performance guinéenne dépasse également celle du Maroc (3,34 milliards) et de la Côte d’Ivoire (2,03 milliards).
Cette performance prend une autre dimension lorsqu’on la replace dans le contexte continental. Les IDE destinés à l’Afrique ont reculé de 26 % en 2025, passant d’environ 94 à 70 milliards de dollars, selon la CNUCED. La Guinée a donc suivi une trajectoire à contre-courant du continent.
Derrière ce record se trouve principalement Simandou. Le projet de plus de 20 milliards, qui associe exploitation de minerai de fer, infrastructures ferroviaires et installations portuaires, est devenu en 2025 l’un des principaux moteurs des flux de capitaux vers la Guinée.
Une accélération spectaculaire
La hausse des IDE observée en 2025 ne constitue pas un phénomène isolé. Depuis plusieurs années, les investissements étrangers suivent une trajectoire ascendante : 198 millions de dollars en 2021, 658 millions en 2022, 1,315 milliard en 2023, 1,402 milliard en 2024. Le saut de 2025 change d’échelle : en une seule année, les flux sont multipliés par plus de cinq. Dans le même temps, le stock total d’investissements étrangers présents en Guinée passe de 8,041 à 15,804 milliards de dollars, soit une progression de plus de 96 %.
Pour Gaston Béavogui, ingénieur statisticien-économiste, cette évolution ne traduit pas encore une transformation structurelle de l’économie guinéenne.
« Cette hausse s’inscrit dans une dynamique amorcée en 2021, avec une accélération très nette entre 2023 et 2025. Cela traduit davantage la phase d’exécution du mégaprojet minier de Simandou que le changement structurel de l’économie dans son ensemble », explique-t-il.
À ses yeux, la question désormais posée est de savoir si cette dynamique pourra se prolonger au-delà du secteur minier, à travers des investissements dans l’industrie, les infrastructures, l’énergie ou les services.
Le constat rejoint celui de la CNUCED. Dans son rapport annuel, l’organisation souligne que les investissements internationaux se concentrent de plus en plus sur un nombre limité de pays et de secteurs jugés stratégiques, notamment les infrastructures, les minerais critiques et l’énergie. Dans ce nouveau paysage mondial, la Guinée figure parmi les principaux bénéficiaires de cette recomposition des flux de capitaux.
L’effet Simandou
Si les investissements étrangers ont atteint un tel niveau en 2025, c’est avant tout parce que Simandou est entré dans une nouvelle phase.
Longtemps considéré comme l’un des plus grands projets miniers en attente sur le continent africain, le gisement de fer situé dans le sud-est de la Guinée est devenu, ces dernières années, un immense chantier mobilisant l’État guinéen et plusieurs groupes internationaux : Rio Tinto Simfer, Chinalco, Winning Consortium Simandou (WCS) et Baowu.
Au-delà de l’exploitation minière, le projet comprend une ligne ferroviaire de plus de 600 kilomètres et un port à Morébaya, dans la préfecture de Forécariah. L’ensemble des infrastructures minières, ferroviaires et portuaires représente un investissement estimé à plus de 20 milliards de dollars, l’un des plus importants projets industriels actuellement en cours sur le continent.
Le lancement officiel des infrastructures et des activités minières est intervenu le 11 novembre 2025. Mais les investissements avaient commencé bien avant.
« En 2025, c’était la phase d’accélération de la construction », explique Oumar Totiya Barry, spécialiste des industries extractives.
« Nous avons assisté à la pose des rails, au creusement des tunnels entre Beyla et Kérouané, à la construction de la cité portuaire de Morébaya, aux travaux de finition de la mine ainsi qu’aux premières commandes de locomotives. Ce sont ces investissements qui expliquent essentiellement l’explosion des IDE. »
Selon lui, cette accélération répondait aussi à des contraintes contractuelles. Les différents consortiums devaient respecter un calendrier d’exécution strict, sous peine de voir leurs concessions remises en cause après plusieurs décennies de reports successifs. « 2025-2026 constituait la phase la plus décisive des investissements », souligne-t-il.
SIMANDOU EN CHIFFRES
+ 20 milliards $ d’investissements estimés
3 à 4 milliards de tonnes de réserves de minerai de fer
> 65 % de teneur en fer
+600 km de chemin de fer
1 port à Morébaya (Forécariah)
Blocs 1 & 2 : Winning Consortium Simandou (WCS) – Baowu
Blocs 3 & 4 : Simfer (Rio Tinto – Chinalco)
15 % de participation de l’État guinéen
Cette lecture est confortée par les enquêtes que la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) consacre chaque année aux investissements directs étrangers. Interrogé sur ces données, Gaston Béavogui indique qu’elles situent la part de Simandou dans les IDE entrants à 13,4 % en 2023, 28,4 % en 2024, avant qu’elle n’atteigne 81 % en 2025. Ces mêmes enquêtes montrent que le secteur minier concentre en moyenne 85 % des investissements directs étrangers reçus par la Guinée depuis 2008.
Les statistiques minières publiées par le ministère des Mines et de la Géologie confirment cette montée en puissance. En 2025, la Guinée a produit 175,5 millions de tonnes de bauxite, confirmant son rang parmi les principaux producteurs mondiaux. Elle a aussi enregistré les premiers volumes significatifs de minerai de fer issus du développement de Simandou, avec plus d’un million de tonnes exportées. Des volumes encore modestes au regard des ambitions du projet, mais qui marquent le début d’une nouvelle séquence pour l’industrie minière guinéenne.
Note : Les montants proviennent de l’Enquête sur les investissements directs étrangers de la BCRG. Ils peuvent différer des estimations publiées par la CNUCED en raison de différences méthodologiques.
Que mesure réellement le record des IDE ?
Les 7,763 milliards de dollars d’IDE enregistrés par la CNUCED en 2025 ne correspondent pas à des recettes encaissées par le budget de l’État. Ils mesurent des flux d’investissement direct étranger et ne permettent pas, à eux seuls, de déterminer quelle part de ces capitaux bénéficie directement à l’économie guinéenne.
Pour Gaston Béavogui, cette distinction est essentielle. « Le montant des IDE ne suffit pas à mesurer leur contribution au développement. Il faut surtout suivre les emplois nationaux durables créés », explique l’ingénieur statisticien-économiste. Il cite également la part des achats réalisés auprès des entreprises locales, les recettes fiscales et non fiscales effectivement perçues, les exportations, le contenu local et les transferts de technologie. À ses yeux, il faut aussi regarder l’amélioration du niveau de vie, les projets réalisés au bénéfice des communautés riveraines, la diversification sectorielle, la productivité et le développement des PME nationales.
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C’est précisément sur ce terrain que se pose la question du contenu local. Selon Oumar Totiya Barry, les dépenses engagées en 2025 portent largement sur des marchés à forte pour lesquels les entreprises étrangères disposent de capacités techniques et financières importantes. Il ajoute que les entreprises guinéennes interviennent notamment dans le transport, la restauration, la sécurité, la location d’engins et certains services logistiques.
En avril 2026, Alexandre Camara, vice-président de la Confédération générale des entreprises de Guinée (CGE-GUI), a estimé lors d’un forum économique consacré à Simandou que moins de 4 % de la valeur des investissements du projet avaient bénéficié aux entreprises guinéennes. Cette estimation, qui émane du patronat guinéen, donne une autre dimension au record d’IDE : l’ampleur des capitaux mobilisés ne renseigne pas, à elle seule, sur la part de la valeur qui revient au tissu économique national.



