Guinée : pourquoi recourir au FMI alors que les indicateurs semblent au vert ?
L'accord de 41 mois doit renforcer les finances publiques et accompagner la montée en puissance de Simandou

EN BREF
La Guinée et le FMI ont conclu un accord au niveau des services pour un programme de 41 mois, soutenu par la Facilité élargie de crédit.
Le gouvernement annonce un financement d’environ 425 millions de dollars, mais l’accord doit encore être approuvé par le Conseil d’administration du FMI.
L’accord intervient alors que Simandou monte en puissance et que Conakry projette une forte accélération de la croissance et des recettes publiques.
Le FMI relève toutefois des pressions inflationnistes, des marges de sécurité budgétaires et extérieures encore insuffisantes et plusieurs risques pour l’économie guinéenne.
La Guinée s’apprête à entrer dans une nouvelle séquence économique. Alors que Simandou entre dans sa phase de croissance, Conakry et le Fonds monétaire international (FMI) ont conclu, le 10 août, un accord pour un programme économique et financier de 41 mois, soutenu par la Facilité élargie de crédit (FEC).
Le gouvernement annonce un accès à environ 425 millions de dollars, soit 145 % de la quote-part de la Guinée au FMI. Mais cet argent n’est pas encore disponible. Il s’agit d’un accord entre les services techniques, qui doit encore être approuvé par la direction puis le Conseil d’administration du FMI, attendu en septembre 2026.
Un cadre avant d’être un financement
La FEC est destinée aux pays à faible revenu qui font face à des besoins de financement et s’engagent dans des réformes économiques de moyen terme. Pour la Guinée, le programme doit notamment porter sur la mobilisation des recettes, la gestion budgétaire, la stabilité macroéconomique et financière, la gouvernance, la diversification de l’économie et le développement du capital humain.
Le FMI ne vient donc pas seulement apporter des ressources au Trésor. Il installe aussi un cadre de suivi des politiques économiques, à un moment où l’économie guinéenne s’apprête à absorber un choc positif : la montée en puissance de Simandou.
La question n’est plus seulement de savoir comment financer le pays avant l’arrivée des recettes minières. Elle est aussi de savoir comment gérer l’économie une fois ces recettes-là au rendez-vous.
Dans son communiqué du 11 août, le FMI résume lui-même l’objectif du programme : contenir les pressions inflationnistes, soutenir une consolidation budgétaire favorable à la croissance et renforcer les marges de sécurité extérieures.
LES CHIFFRES CLÉS
41 mois : durée du programme envisagé
425 millions $ : montant annoncé par le gouvernement guinéen
145 % : part de la quote-part de la Guinée au FMI
Septembre 2026 : examen attendu par le Conseil d’administration du FMI
Pourquoi solliciter le FMI alors que les indicateurs semblent favorables ?
Le recours au Fonds surprend, dans un contexte où les indicateurs macroéconomiques semblent favorables. Le PIB réel est projeté en hausse de 8,6 % à 8,7 % en 2026, l’inflation autour de 4,1 %, portée par le démarrage de Simandou. Le document budgétaire pluriannuel du gouvernement anticipe même une croissance de 11,8 % en 2027, avec les premiers effets d’entraînement du mégaprojet sur le reste de l’économie. L’ancien ministre de l’Économie et des Finances, Mourana Soumah, évoquait pour sa part 8 à 9 milliards de dollars de PIB additionnel par an entre 2027 et 2040, et 13 milliards de dollars de recettes publiques supplémentaires attendues entre 2024 et 2030.
Les chiffres du premier trimestre 2026 confirment cette dynamique. Selon le Rapport d’exécution budgétaire, l’État a encaissé 12 289,71 milliards de francs guinéens de recettes à fin mars, contre 9 062,35 milliards un an plus tôt, soit une progression de 35,61 %. Les recettes fiscales ont augmenté de 59,67 % sur un an, dépassant de 3,31 % l’objectif fixé pour la période. Les recettes minières ont elles aussi bondi, à 2 355,80 milliards GNF, en hausse de 70,22 %. Mais leur composition rappelle que cette progression tient encore essentiellement à l’activité minière existante : 84,44 % proviennent de la bauxite, 15,31 % de l’or. Simandou n’est pas encore le moteur de cette hausse.
« On ne va pas au FMI parce qu’on n’a pas d’argent »
Face aux interrogations sur cet accord, Mariama Ciré Sylla a tenu, mardi en conférence de presse, à écarter toute lecture en termes de fragilité financière.
« La Côte d’Ivoire est sous programme avec le FMI depuis les années 1980, le Rwanda suit une trajectoire similaire, et le Bénin y est engagé depuis plus de dix ans. Cela démontre que solliciter le FMI ne traduit pas nécessairement un manque de liquidités. Les ressources financières accordées par le FMI ne remplacent pas à elles seules l’ensemble des besoins de financement d’un État. L’objectif principal de ce partenariat est de s’appuyer sur leur expertise, leur expérience et leurs instruments techniques afin de mobiliser davantage de ressources », a-t-elle expliqué.
Selon elle, le gouvernement cherche avant tout à encadrer cette phase d’expansion pour éviter les écueils classiques de la manne minière.
« Nous entrons actuellement dans une phase de forte croissance. Le pire serait que cette croissance ne se traduise pas en bénéfices concrets pour les populations. Le pire serait qu’avec l’exploitation de Simandou, on mobilise moins de ressources internes qu’on aurait pu. »
Des marges encore étroites
Le diagnostic du FMI est d’ailleurs plus nuancé que celui d’une économie simplement « au vert ». L’institution juge l’économie guinéenne résiliente et prévoit une accélération de la croissance avec la montée en puissance de la production minière. Mais elle relève aussi une remontée récente des pressions inflationnistes et estime que les « marges de sécurité budgétaires et extérieures restent inférieures aux niveaux souhaités ».
Elle pointe par ailleurs plusieurs risques : chocs sur les prix des matières premières, conditions de financement, conséquences de la guerre au Moyen-Orient, pénuries persistantes de liquidités, ralentissement possible des réformes.
Le rapport d’exécution budgétaire du premier trimestre va dans le même sens et reconnaît explicitement plusieurs fragilités : faible mobilisation des ressources de financement, accumulation de restes à payer, difficultés dans le suivi des recettes à recouvrer, évolution des exonérations fiscales, tensions de trésorerie, risque de change, ralentissement éventuel des activités minières.
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Transformer la croissance en recettes
C’est là que se situe probablement le véritable enjeu de l’accord. Les autorités veulent mobiliser les recettes supplémentaires pour financer le programme de développement socioéconomique « Simandou 2040 », sans laisser la hausse des revenus miniers se transformer en dépenses publiques difficiles à maîtriser. Mariama Ciré Sylla l’a formulé sans détour : l’objectif est d’accroître les recettes internes pour financer Simandou 2040, en élargissant l’assiette fiscale, en luttant contre la fraude et en digitalisant les régies financières. Elle insiste aussi sur la nécessité de sélectionner les investissements publics offrant la meilleure rentabilité économique et financière.
Le programme avec le FMI n’est donc pas qu’une ligne de financement supplémentaire. C’est le pari que la Guinée pourra encadrer, dès maintenant, une croissance dont l’ampleur reste encore à confirmer.


