Port de Conakry : une nouvelle surtaxe de Maersk relance le débat sur la congestion
En trois mois, la surtaxe de congestion appliquée par Maersk sur la route Europe-Conakry a augmenté de plus de 40 %.

En bref
• +40 % : hausse de la surtaxe de congestion sur les conteneurs de 20 pieds entre mai et août 2026.
• 399e sur 400 : rang du port de Conakry dans le CPPI 2025.
• 1er août 2026 : date d’entrée en vigueur des nouveaux tarifs de Maersk.
Le géant mondial du transport maritime, Maersk, a annoncé une nouvelle révision de sa Congestion Fee Destination (CFD) applicable aux expéditions en provenance d’Europe à destination de Conakry. À compter du 1er août 2026, cette surtaxe passera de 1 250 à 1 750 dollars pour un conteneur de 20 pieds, et de 1 750 à 2 500 dollars pour un conteneur de 40 ou 45 pieds.
L’augmentation est loin d’être marginale. En l’espace de trois mois, les montants progressent de 40 % pour les conteneurs de 20 pieds et de 42,9 % pour ceux de 40 ou 45 pieds sur le corridor Europe-Conakry.
Dans sa communication publiée le 20 juillet, Maersk explique cette révision par « l’évolution des coûts liés à la congestion » du port de Conakry. Comme lors de ses précédentes annonces, l’entreprise ne détaille pas les indicateurs ayant conduit à cette décision, mais elle considère que les conditions d’exploitation continuent de générer des coûts supplémentaires justifiant un ajustement tarifaire.
Pour les importateurs, cette surtaxe ne constitue pas un simple ajustement administratif. Elle s’ajoute aux autres coûts du transport maritime (fret, frais de documentation, manutention, sûreté ou encore charges portuaires) et est, dans la plupart des cas, supportée par le destinataire de la marchandise. Pour une entreprise qui réceptionne plusieurs conteneurs chaque mois, une hausse de 500 à 750 dollars par unité représente un coût supplémentaire significatif, susceptible d’être répercuté, au moins en partie, sur les prix de vente.
Une succession de révisions depuis 2025
La décision annoncée le 20 juillet ne constitue pas un cas isolé.
Depuis plus d’un an, Maersk ajuste régulièrement sa surtaxe de congestion pour les expéditions à destination de Conakry. Les montants ont évolué au fil des mois, parfois à la hausse, parfois à la baisse, selon les zones géographiques concernées. Mais une constante demeure : la compagnie continue d’intégrer un coût lié à la congestion dans ses opérations vers le principal port guinéen.
L’évolution des principaux tarifs publiés par Maersk illustre cette tendance :
Cette chronologie montre que Maersk a maintenu une surtaxe de congestion pour les expéditions à destination de Conakry tout au long de la période, tout en ajustant régulièrement ses montants selon les zones géographiques concernées. Sur le corridor Europe-Conakry, les tarifs sont passés de 1 250 dollars pour un conteneur de 20 pieds et 1 750 dollars pour un conteneur de 40 ou 45 pieds à compter du 1er mai 2026 à 1 750 dollars et 2 500 dollars respectivement à partir du 1er août 2026.
CPPI, c’est quoi ?
Le Container Port Performance Index (CPPI) est publié chaque année par la Banque mondiale et S&P Global Market Intelligence. Il mesure la performance opérationnelle des ports à conteneurs à partir des temps d’escale des navires.
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Le classement du CPPI a ravivé les interrogations
Cette nouvelle révision de la surtaxe de Maersk intervient quelques semaines après la publication de l’édition 2025 de l’Indice de performance des ports à conteneurs (CPPI), élaboré conjointement par la Banque mondiale et S&P Global Market Intelligence.
Le rapport classe le port autonome de Conakry au 399ᵉ rang sur 400 ports évalués dans le monde. Un an plus tôt, il occupait encore la 235ᵉ place, soit un recul de 164 positions en douze mois.
Le CPPI n’évalue ni le volume de marchandises traité par un port ni l’importance de ses infrastructures. Il mesure avant tout la performance opérationnelle des escales des porte-conteneurs, notamment à partir du temps passé par les navires au port : attente avant accostage, durée des opérations de chargement et de déchargement et efficacité globale de l’escale.
Dans le cas de Conakry, le rapport met en évidence une dégradation marquée de ces indicateurs. La part du temps consacrée aux opérations productives à quai est passée de 73 % en 2024 à un peu plus de 37 % en 2025. Autrement dit, près des deux tiers du temps d’escale sont désormais consacrés à l’attente ou à d’autres opérations non productives, contre un peu plus d’un quart l’année précédente.
Le rapport inscrit cette évolution dans un contexte mondial marqué par les perturbations du transport maritime depuis la fin de l’année 2023. Les attaques en mer Rouge ont conduit de nombreux armateurs à contourner cette zone en empruntant la route du cap de Bonne-Espérance, rallongeant les temps de navigation et provoquant des arrivées plus concentrées de navires dans plusieurs ports.
Toutefois, tous les ports n’ont pas connu la même évolution. Le rapport souligne les progrès enregistrés par des plateformes comme Djibouti, Dar es-Salaam ou Durban, qui ont amélioré leurs performances grâce à des investissements dans les infrastructures et à une meilleure coordination des opérations. À l’inverse, Conakry figure parmi les ports dont les performances se sont le plus fortement dégradées sur la période.
Les autorités défendent une autre lecture
La publication du classement a rapidement suscité des réactions de la part des acteurs portuaires et du gouvernement.
Le 24 juin, lors d’une conférence de presse organisée à Conakry, le directeur général pays d’Africa Global Logistics (AGL), Ibrahima Diallo, a reconnu que l’année 2025 avait été particulièrement difficile pour la chaîne logistique portuaire. Selon lui, le port a dû absorber un volume de trafic qui n’était initialement attendu qu’à l’horizon 2030.
« Nous avons reçu les volumes qu’on attendait en 2030. »
Pour le responsable d’AGL, cette hausse brutale de l’activité a mis sous pression l’ensemble de l’écosystème portuaire. Il a toutefois assuré que des investissements étaient en cours, notamment pour l’extension des quais, l’augmentation des capacités de stockage et le renforcement de la coordination entre les différents intervenants.
Ibrahima Diallo estime également que les difficultés ne se limitent pas au terminal portuaire. Selon lui, la capacité de la ville de Conakry à évacuer les conteneurs constitue désormais un facteur majeur de congestion.
Le ministre des Transports, Ousmane Gaoual Diallo, a lui aussi relativisé les conclusions du classement. Interrogé lundi 20 juillet par plusieurs médias, il a estimé que la congestion observée traduisait avant tout une forte progression de l’activité économique.
« Nous subissons les conséquences indirectes de la grande prospérité de notre économie. »
Le ministre s’appuie notamment sur une hausse de 47 % du trafic portuaire au cours des six premiers mois de l’année. Il cite également l’augmentation des importations de clinker destinées à l’industrie cimentière, avec un rythme d’approvisionnement passé, selon lui, d’un navire tous les mois ou tous les deux mois à un navire tous les quinze jours.
Les communications successives de Maersk, le classement du CPPI et les explications avancées par les autorités offrent des lectures différentes de la situation du port de Conakry. À ce jour, aucune donnée opérationnelle détaillée sur les temps d’attente des navires n’a toutefois été rendue publique, ce qui ne permet pas de mesurer de manière indépendante l’évolution de la congestion.


