Les « pères fondateurs » de la CEDEAO n'étaient pas majoritairement des militaires
Les archives de la CEDEAO montrent que l'affirmation de Mamadi Doumbouya sur les « pères fondateurs » de l'organisation ne correspond pas aux faits.

Lors du 69ᵉ sommet ordinaire de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), tenu le 19 juillet 2026 à Freetown, en Sierra Leone, le président guinéen Mamadi Doumbouya a plaidé pour une réforme de l’organisation régionale et appelé à revoir son approche des crises politiques. Dans un reportage de la Direction de la communication et de l’information (DCI) de la Présidence, diffusé au journal de 20h30 (à partir de 16 min 25 s) de la Radiodiffusion Télévision Guinéenne (RTG), une affirmation de son discours a retenu l’attention : selon lui, « 10 des 15 pères fondateurs » de la CEDEAO étaient des militaires.
Dans la suite de son intervention, le dirigeant guinéen a également déclaré que « les militaires sont une partie de nous » et que leur uniforme « ne saurait donc constituer leur exclusion de la vie et de la gestion de notre communauté ».
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Ce que disent les archives
La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a été créée le 28 mai 1975 à Lagos, au Nigeria, avec la signature du Traité de Lagos par quinze États de la région. C’est ce texte qui constitue l’acte fondateur de l’organisation.
L’examen des dirigeants en fonction dans chacun de ces pays à la date de la signature montre que sept États étaient dirigés par des militaires et huit par des chefs d’État civils.
Autrement dit, les dirigeants issus de l’armée étaient nombreux parmi les fondateurs de la CEDEAO, mais ils ne représentaient pas « l'écrasante majorité ».

Pour connaître les sources historiques sur lesquelles s’appuie l’affirmation du président guinéen, L’ŒIL DE KONATE a contacté la Direction de la communication et de l’information (DCI) de la Présidence. Son directeur, Oumar Barry, joint par téléphone, a promis de revenir vers nous. Il ne l’a pas fait, malgré des relances, au moment où nous mettions en ligne cet article.
Une déclaration qui s’inscrit dans un contexte régional particulier
L’affirmation de Mamadi Doumbouya ne peut être dissociée du contexte politique dans lequel elle a été prononcée.
Le président guinéen participait à son premier sommet ordinaire de la CEDEAO depuis son élection à la magistrature suprême en décembre 2025. Une participation qui marque le retour de la Guinée au sein des instances de l’organisation régionale après plusieurs années de relations tendues.
À la suite du coup d’État du 5 septembre 2021, qui a renversé le président Alpha Condé, la Guinée avait été suspendue des organes décisionnels de la CEDEAO. L’organisation avait également adopté plusieurs sanctions visant les autorités de la transition afin d’obtenir un retour rapide à l’ordre constitutionnel.
Ces mesures ont ensuite évolué au rythme de la transition. En février 2024, la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO a décidé d’alléger une partie des sanctions économiques et financières imposées à la Guinée. Après l’organisation de l’élection présidentielle de décembre 2025, les dernières sanctions encore en vigueur ont été levées le 28 janvier 2026, ouvrant la voie à une normalisation des relations entre Conakry et l’organisation régionale.
La CEDEAO traverse également une crise sans précédent avec trois de ses anciens États membres. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, tous dirigés par des régimes militaires, ont quitté l’organisation après une succession de sanctions et de désaccords avec les dirigeants ouest-africains. Les trois pays ont depuis créé l’Alliance des États du Sahel (AES) pour renforcer leur coopération politique, sécuritaire et économique.
Malgré cette rupture, le dialogue n’est pas totalement rompu. Le 29 mars 2026, la CEDEAO a désigné l’ancien Premier ministre guinéen Lansana Kouyaté comme négociateur en chef chargé de conduire les discussions avec les autorités de l’AES en vue de redéfinir les relations entre les deux ensembles régionaux.
C’est dans ce contexte que Mamadi Doumbouya a appelé à une réforme de la CEDEAO, estimant que ses institutions devaient davantage tenir compte des « réalités » propres à chaque État membre. La référence aux pères fondateurs et à la place qu’y auraient occupée les militaires s’inscrit dans cette démonstration.
Un chiffre au service d’un message politique ?
Pour Kabinet Fofana, directeur du cabinet Les Sondeurs, le passage consacré aux fondateurs de la CEDEAO constitue l’un des passages intéressants du discours du président Doumbouya.
« Le Président Mamadi Doumbouya en évoquant le rôle de chefs militaires dans la fondation de la CEDEAO, relativise ainsi l’irruption des militaires dans le champ politique. En soulignant donc que des militaires comptaient parmi les pères fondateurs de la CEDEAO, il cherche à rappeler que les hommes en uniforme appartiennent pleinement à la société politique et que leur implication dans la gestion de la cité ne devrait pas être considérée comme une anomalie », analyse-t-il.
Selon le politologue, cette lecture s’inscrit dans la continuité de son discours prononcé en septembre 2023 à la tribune de l’ONU qui visait à relativiser justement la perception des coups d’État militaires en Afrique de l’Ouest.
Pour autant, Kabinet Fofana estime que le débat sur une réforme de la CEDEAO ne se limite pas à la question des régimes militaires.
« Si de nombreux spécialistes s’accordent à reconnaître que la CEDEAO gagnerait à engager une réforme de son fonctionnement, toutefois, une telle entreprise a peu de chances de remettre en cause son attachement au principe de rejet des changements anticonstitutionnels de gouvernement. Les débats portent plutôt sur le renforcement des mécanismes de prévention des crises, l’amélioration de la gouvernance de l’organisation et une meilleure prise en compte des réalités politiques propres à chacun des États membres. »
À ses yeux, le discours de Freetown traduit avant tout une volonté d’ouvrir ce débat, même si la référence historique utilisée par le président repose sur un chiffre qui ne correspond pas aux archives.
Conclusion
Les archives de la CEDEAO, le Traité de Lagos et les biographies des chefs d’État en fonction au moment de la création de l’organisation montrent que 7, et non 10, des quinze États fondateurs étaient dirigés par des militaires. L’affirmation de Mamadi Doumbouya ne correspond donc pas aux faits historiques établis.
Si cette référence historique s’inscrit dans un discours plus large sur la place des régimes militaires au sein de la CEDEAO, le chiffre avancé par le président guinéen est inexact. La vérification des archives disponibles conduit à un constat : les dirigeants militaires étaient nombreux parmi les fondateurs de l’organisation, mais ils n’en constituaient pas la majorité.
Méthodologie
Cette vérification s’appuie sur des documents officiels, des archives publiques et des entretiens avec des sources identifiées. Les éléments cités ont été vérifiés à la date de publication.
Cet article pourra être mis à jour si de nouvelles informations vérifiables ou des précisions documentées deviennent disponibles.
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Awa c’est compris
Pourtant il avait un papier entre les mains qui la rédiger ?