Doumbouya, Singapour et les deux jets du « congé annuel »
Les données de vol et les sources ouvertes permettent de reconstituer le trajet de l’appareil utilisé pour le départ présidentiel.

EN BREF
Mamadi Doumbouya quitte Conakry le 3 août pour un « congé annuel » annoncé en Grèce.
Deux jets quittent Conakry simultanément et suivent le même itinéraire jusqu’à Mykonos.
Le Gulfstream EI-LSN poursuit vers Singapour le 7 août ; le Falcon 8X M-GLRY regagne Conakry avant de retourner à Montpellier.
Le 1er août 2026, la présidence guinéenne annonce le départ de Mamadi Doumbouya pour un « congé annuel », accompagné de sa famille. Le communiqué précise que le chef de l’État doit se rendre en Grèce « pour quelques jours de repos », après une période présentée comme particulièrement intense à la tête du pays. Le départ est annoncé pour le lundi 3 août depuis l’aéroport international Ahmed Sékou Touré de Conakry.
Les données publiques de navigation aérienne permettent aujourd’hui de reconstituer une grande partie du déplacement. Elles font apparaître un deuxième jet d’affaires dans la même séquence de voyage. Les deux appareils quittent Conakry quasiment au même moment, suivent ensuite un parcours commun par la Grèce et Chypre, avant de se séparer le 7 août. L’un rentre en Guinée. L’autre poursuit jusqu’à Singapour.
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Le Gulfstream utilisé pour le départ présidentiel
Les images diffusées par la RTG le 3 août permettent d’identifier l’appareil utilisé par Mamadi Doumbouya : un Gulfstream G650 immatriculé EI-LSN, sous pavillon irlandais.

L’identification est corroborée par plusieurs bases aéronautiques. GainJet Ireland présente elle-même l’EI-LSN comme un Gulfstream G650 de sa flotte. Flightradar24 le référence sous le type code GLF6, avec GainJet Ireland comme opérateur et le code Mode S 4CA784.
L’appareil porte le numéro de série MSN 6092. Son historique permet d’en retracer les différentes affectations. La base spécialisée Planespotters.net répertorie notamment l’EI-LSN comme ayant été associé au gouvernement du Rwanda, tout en étant exploité par GainJet Ireland. Une publication de David Himbara consacrée aux déplacements internationaux de Paul Kagame en janvier 2020 apporte également un élément de corroboration sur l’utilisation de cet appareil.
Aujourd’hui, la fiche de Planespotters.net recense l’appareil sous l’identification République de Guinée, toujours avec GainJet Ireland comme opérateur. Elle comporte également plusieurs photographies du même MSN 6092, montrant l’appareil avec les marquages du gouvernement rwandais puis ceux de la République de Guinée.
Mais un second avion est déjà arrivé à Conakry.
Un deuxième jet arrive avant le départ
Il s’agit d’un Dassault Falcon 8X immatriculé M-GLRY, numéro de série 402. Les bases aéronautiques l’identifient comme un appareil privé. Flightradar24 confirme notamment son type, son immatriculation et son numéro de série.

Son historique de vol permet de reconstituer son arrivée en Guinée. Le 1er août, le M-GLRY quitte Miami, aux États-Unis, à destination de Montpellier, en France. Il repart ensuite de Montpellier le 2 août à 12h45 et atterrit à Conakry à 14h43.
Le lendemain, lundi 3 août, le Falcon 8X quitte Conakry à 12h28, quasiment au même moment que le Gulfstream utilisé pour le déplacement présidentiel. Les deux appareils prennent la direction de Mykonos, en Grèce.
Le M-GLRY atterrit à Mykonos à 22h23, après près de sept heures de vol. Les données disponibles montrent ensuite que les deux appareils poursuivent leur parcours vers Larnaca, à Chypre. Ils y restent alors plusieurs jours avant de reprendre leur route le 7 août.

Le 7 août, les chemins se séparent
Le vendredi 7 août, les deux appareils quittent Larnaca pour Mykonos. C’est à partir de cette escale que leurs trajectoires divergent.
À 09h21, le Gulfstream EI-LSN décolle pour un long vol en direction de Singapour. Selon les données de suivi consultées, l’appareil parcourt environ 4 814 milles nautiques en 12 heures et 13 minutes avant de se poser à l’aéroport Changi.
Le M-GLRY prend une autre direction. Il quitte Mykonos à 22h15 (heure locale), pour Montpellier. Son escale en France est de courte durée. Dans la nuit du 7 au 8 août, à 01h20, il redécolle pour Conakry.
Le Falcon 8X reste ensuite à Conakry pendant un peu plus de deux jours. Ce lundi 10 août, un nouveau mouvement est enregistré : le M-GLRY quitte Conakry à 10h12 à destination de Montpellier.
Doumbouya a-t-il prolongé son « congé annuel » à Singapour ?
Au moment de cette publication, les données disponibles localisent l’EI-LSN à Singapour. Elles établissent que l’appareil utilisé par Mamadi Doumbouya au départ de Conakry a rejoint la cité-État après son passage par Mykonos. Elles ne permettent cependant pas, à elles seules, de savoir qui se trouvait à bord après l’atterrissage.
Il existe toutefois un précédent qui donne du relief à cette étape singapourienne. En février dernier, après le sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, Mamadi Doumbouya s’était absenté de Guinée pendant près de trois semaines, dans un climat de rumeurs sur son état de santé. Le Premier ministre Amadou Oury Bah avait alors évoqué un besoin de repos et un check-up médical. Le conseiller du président, Thierno Mamadou Bah avait de son côté assuré que le président se portait « très bien » et qu’il avait effectué un contrôle médical de routine. Des recherches en sources ouvertes avaient à l’époque déjà localisé l’appareil présidentiel à Singapour.
Ce précédent ne permet pas de conclure que le déplacement actuel obéit au même motif. Mais il justifie qu’on s’y attarde.
Singapour n’est pas une destination anodine pour ce type de séjour. La cité-État concentre une offre hospitalière parmi les plus réputées d’Asie du Sud-Est et accueille une patientèle internationale. Le Legatum Prosperity Index, cité par Statista, la classait en 2023 au premier rang mondial pour la santé et les systèmes de santé, devant le Japon et la Corée du Sud. L’administration américaine du commerce la décrit elle-même comme un marché de santé avancé, régulièrement cité en tête des classements du secteur.
SOURCES ET MÉTHODE
Cette reconstitution repose sur le croisement du communiqué de la Présidence de la République, des images diffusées par la RTG, des bases spécialisées dans l’identification des aéronefs et des historiques de vols disponibles sur des plateformes de suivi aérien. Les informations ont été comparées entre elles afin de reconstituer la chronologie des déplacements. Ces données documentent les mouvements des appareils, mais ne permettent pas à elles seules d’établir l’identité des passagers ni le motif d’un déplacement.






